« Pourtant, il connaissait sa leçon hier soir. »
« À la maison, il sait faire. »
« Dès qu’il y a une évaluation, il perd tous ses moyens. »
« Il semble intelligent, mais ses résultats ne reflètent pas ce qu’il sait réellement. »
Parents et enseignants observent parfois des situations déroutantes.
Un enfant paraît avoir compris une notion, l réussit à l’entraînement, il connaît ses réponses, puis, au moment de les utiliser, tout semble disparaître. Comme si son cerveau refusait soudainement de fonctionner. Ces situations sont souvent interprétées comme un manque de travail, de motivation ou de confiance, pourtant, les neurosciences nous montrent qu’un autre phénomène est souvent à l’œuvre : le stress.
Le stress est une réaction normale du cerveau
Le stress possède parfois une mauvaise réputation mais il ne s’agit pas d’un ennemi. Le stress est avant tout un mécanisme de survie:
Depuis des milliers d’années, il permet à l’être humain de réagir rapidement face à un danger. Lorsqu’un cerveau perçoit une menace, même symbolique, il déclenche automatiquement une série de réactions biologiques: Le rythme cardiaque augmente, la respiration s’accélère, les muscles se préparent à agir forçant l’organisme à libérer différentes hormones, notamment l’adrénaline et le cortisol.
À petites doses, cette réaction peut être utile : Elle améliore parfois la vigilance et la concentration.
Le problème apparaît lorsque le cerveau perçoit une situation comme trop menaçante ou lorsque cet état d’alerte se prolonge dans le temps.
Le cerveau doit choisir ses priorités
Face à un danger, réel ou perçu, le cerveau modifie ses priorités. Sa première mission devient la sécurité. Il cherche à protéger l’individu: Dans cette situation, certaines régions cérébrales prennent davantage d’importance. L’amygdale, souvent décrite comme le système d’alarme du cerveau, devient particulièrement active. Elle analyse en permanence les signes de danger. À l’inverse, certaines régions impliquées dans les apprentissages deviennent momentanément moins disponibles car le cerveau ne peut pas mobiliser toutes ses ressources partout en même temps. Il doit choisir et lorsqu’il croit être en danger, il privilégie la survie.
Toutes les sources de stress n’ont pas la même origine
Lorsque l’on parle du stress chez l’enfant, on pense souvent aux évaluations, aux devoirs ou aux difficultés scolaires, pourtant, les neurosciences montrent que le cerveau ne s’intéresse pas à l’origine du stress, il réagit avant tout à la perception d’une menace.
Cette menace peut prendre des formes très différentes : Les tensions familiales représentent l’une des premières sources de stress pour le jeune enfant, les disputes répétées, les séparations conflictuelles, les cris, l’imprévisibilité du quotidien, les difficultés financières encore la maladie d’un proche. Même lorsque les adultes pensent protéger l’enfant, celui-ci perçoit souvent une partie de ces tensions.
Son cerveau mobilise alors une partie de ses ressources pour tenter de comprendre ce qui se passe et anticiper les événements.
Le stress lié aux traumatismes
Certains enfants ont vécu des expériences particulièrement difficiles : Une hospitalisation, un accident, un deuil, des violences, du harcèlement, un abandon, une situation de maltraitance. Le cerveau peut alors conserver une trace durable de ces expériences.
Son système d’alerte reste plus facilement activé alors ‘enfant semble parfois inattentif, agité ou opposant alors que son cerveau cherche avant tout à se protéger.
Le stress social
L’école est aussi un univers social complexe, le regard des autres, le besoin d’appartenance, la peur du rejet, les moqueries, les conflits entre camarades, le harcèlement. Tous ces éléments peuvent générer une importante charge émotionnelle, or un enfant préoccupé par sa place dans le groupe dispose de moins de ressources pour apprendre.
La surcharge cognitive
Notre environnement moderne expose les enfants à une quantité d’informations sans précédent:
– Écrans.
– Notifications.
– Bruits.
– Activités multiples.
– Sollicitations permanentes.
Le cerveau doit continuellement traiter, sélectionner et organiser ces informations, or les capacités attentionnelles de l’enfant sont encore en construction. Lorsque les sollicitations deviennent trop nombreuses, le cerveau peut finir par saturer. Cette surcharge se traduit parfois par :
• des oublis ;
• des difficultés de concentration ;
• de l’irritabilité ;
• une fatigue importante ;
• une baisse des performances scolaires.
Ce n’est pas nécessairement un manque d’effort, c’est parfois un cerveau qui manque simplement d’espace pour traiter tout ce qu’il reçoit.
Quand plusieurs stress s’additionnent
Dans la réalité, les sources de stress s’additionnent souvent. Un enfant peut simultanément :
• manquer de sommeil ;
• vivre des tensions familiales ;
• rencontrer des difficultés relationnelles ;
• être surexposé aux écrans ;
• ressentir de la pression scolaire ;
• participer à de nombreuses activités extrascolaires.
Le cerveau ne traite pas ces difficultés séparément, il les additionne. C’est pourquoi certains enfants semblent parfois s’effondrer pour une difficulté qui paraît minime aux adultes. La difficulté visible n’est souvent que la goutte d’eau qui fait déborder un système déjà saturé.
Pourquoi l’enfant « oublie tout »
De nombreux enfants connaissent cette expérience. Ils ont appris leur leçon, ils connaissent leurs tables, ils savent répondre. Puis arrive le contrôle ou le passage au tableau ou la lecture devant la classe et soudain, le trou noir. Le savoir n’a pas disparu, il devient simplement plus difficile d’y accéder. Le stress perturbe notamment :
• la mémoire de travail ;
• la récupération des informations mémorisées ;
• l’attention ;
• la concentration ;
• la prise de décision.
Plus l’enfant essaie parfois de se souvenir, plus son stress augmente et plus son stress augmente, plus l’information semble inaccessible.
Un cerveau stressé apprend moins bien
Le stress ne perturbe pas uniquement les évaluations, il peut également affecter les apprentissages eux-mêmes. Pour apprendre, le cerveau doit :
• être attentif ;
• mémoriser ;
• faire des liens ;
• comprendre ;
• consolider les informations.
Or toutes ces fonctions deviennent plus difficiles lorsque l’organisme reste en état d’alerte. Les neurosciences montrent que le cerveau apprend mieux lorsqu’il se sent suffisamment en sécurité. Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer tout défi ou toute difficulté, cela signifie simplement que l’apprentissage a besoin d’un climat émotionnel favorable.
Le rôle des émotions
Les émotions occupent une place centrale dans les apprentissages : Un enfant inquiet, triste, préoccupé ou anxieux mobilise déjà une partie de ses ressources mentales pour gérer ce qu’il ressent. Ces ressources ne sont alors plus disponibles pour apprendre. C’est l’une des raisons pour lesquelles certains enfants semblent « ailleurs » en classe. Leur cerveau travaille déjà intensément à gérer leurs émotions.
Quand le stress devient chronique
Un stress ponctuel est généralement bien toléré. Le problème apparaît lorsque le système d’alerte reste activé pendant des semaines, des mois ou parfois des années. Les neurosciences montrent qu’un stress chronique peut affecter :
• l’attention ;
• la mémoire ;
• les fonctions exécutives ;
• la régulation émotionnelle ;
• les apprentissages.
Le cerveau consacre alors une partie importante de son énergie à surveiller son environnement, il devient moins disponible pour explorer, jouer et apprendre. On retrouve fréquemment ce phénomène chez les enfants vivant dans un climat familial conflictuel, imprévisible ou anxiogène, mais aussi chez ceux qui subissent une pression constante ou une surcharge de sollicitations.
Le cerveau a besoin de sécurité pour apprendre
Les recherches actuelles convergent vers une même idée : Le sentiment de sécurité constitue l’un des piliers des apprentissages.
Lorsqu’un enfant se sent en sécurité :
• il ose essayer ;
• il ose se tromper ;
• il pose des questions ;
• il prend des initiatives ;
• il mobilise davantage ses ressources cognitives.
À l’inverse, lorsqu’il craint constamment l’erreur, le jugement, l’échec ou l’insécurité, une partie de son énergie est détournée vers la gestion de cette menace.
Que peuvent faire les adultes ?
L’objectif n’est pas de supprimer toute forme de stress. Grandir implique nécessairement de rencontrer des défis, en revanche, les adultes peuvent aider l’enfant à développer un sentiment de sécurité suffisant. Par exemple :
• accueillir ses émotions ;
• valoriser les efforts plutôt que les résultats ;
• maintenir des routines stables ;
• éviter les humiliations ;
• favoriser un climat de confiance ;
• proposer des défis adaptés ;
• respecter les besoins de sommeil ;
• limiter les sursollicitations ;
• préserver des temps de repos ;
• aider l’enfant à comprendre ce qu’il ressent.
Ces attitudes permettent progressivement au cerveau de consacrer davantage d’énergie aux apprentissages.
À retenir
• Le stress est une réaction normale du cerveau face à une menace réelle ou perçue.
• Le cerveau ne distingue pas toujours un danger physique d’une menace émotionnelle ou sociale.
• Les difficultés scolaires ne sont qu’une des nombreuses sources possibles de stress.
• Les conflits familiaux, les traumatismes, le harcèlement, la surcharge cognitive ou l’insécurité affective peuvent également mobiliser fortement le cerveau.
• Lorsque le cerveau se sent en danger, il privilégie la survie plutôt que les apprentissages.
• Le stress peut perturber l’attention, la mémoire, la concentration et l’accès aux connaissances déjà apprises.
• Un enfant qui échoue sous l’effet du stress n’est pas forcément un enfant qui ne sait pas.
• Le sentiment de sécurité constitue l’un des piliers du développement et des apprentissages.
En conclusion
Lorsqu’un enfant semble perdre ses moyens, oublier ce qu’il sait ou ne pas réussir à montrer ses compétences, la question n’est pas toujours : « A-t-il suffisamment travaillé ? » Mais parfois : « Que porte-t-il actuellement sur ses épaules ? »
Car derrière une difficulté scolaire peut se cacher une inquiétude familiale.
Derrière une agitation peut se cacher un traumatisme, derrière un manque d’attention peut se cacher une surcharge cognitive. Les neurosciences nous rappellent une réalité fondamentale : Un cerveau inquiet cherche d’abord à survivre tandis qu’un cerveau rassuré peut enfin apprendre.
