Nos enfants sont-ils en surcharge mentale ?

Nos enfants sont-ils en surcharge mentale ?

« Il oublie tout. »
« Il ne tient pas en place. »
« Il semble épuisé alors qu’il est encore jeune. »
« Il passe d’une activité à l’autre sans jamais vraiment se poser. »

De nombreux enseignants, parents et professionnels de l’enfance ont aujourd’hui le sentiment que quelque chose a changé. Les enfants semblent parfois plus fatigués, plus dispersés, moins disponibles pour les apprentissages. Dans le même temps, leur quotidien est souvent plus rempli que jamais.
– École.
– Activités sportives.
– Cours de musique.
– Soutien scolaire.
– Orthophonie.
– Anglais.
– Danse.
– Tennis.
– Écrans.
– Déplacements.
Les agendas de certains enfants ressemblent parfois à ceux d’adultes surchargés. Cette accumulation d’activités est souvent motivée par de bonnes intentions. Les parents souhaitent offrir le meilleur à leur enfant, pourtant, une question mérite d’être posée :
Et si certains enfants étaient simplement en surcharge ?

Un cerveau qui n’est pas conçu pour aller toujours plus vite
Notre société valorise la rapidité. Il faut gagner du temps, optimiser son emploi du temps, être efficace, aller vite. Pourtant, le cerveau de l’enfant possède son propre rythme de développement. Les neurosciences montrent que certaines compétences, notamment les fonctions exécutives, se construisent progressivement tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Un enfant ne peut pas accélérer volontairement la maturation de son cerveau. Il ne peut pas décider de mieux planifier, mieux s’organiser ou mieux contrôler ses impulsions simplement parce qu’un adulte le lui demande.

Certaines compétences nécessitent du temps pour se construire.
Trop de sollicitations, pas assez de récupération, le cerveau apprend lorsqu’il est stimulé mais il apprend également lorsqu’il se repose. Or beaucoup d’enfants vivent aujourd’hui dans un environnement où les sollicitations sont permanentes.
– Notifications.
– Écrans.
– Activités.
– Bruit.
– Déplacements.
– Informations.
– Demandes des adultes.

Le cerveau reçoit continuellement de nouveaux stimuli à traiter et comme n’importe quel système, il finit parfois par saturer.
La surcharge n’apparaît pas forcément sous la forme d’un épuisement visible. Elle peut se traduire par :
• une baisse de l’attention ;
• des oublis fréquents ;
• de l’irritabilité ;
• une fatigue importante ;
• des difficultés à mémoriser ;
• une agitation croissante.

Les enfants ont besoin de temps libre
Pendant longtemps, l’ennui a été considéré comme un problème à résoudre. Aujourd’hui, de nombreux adultes cherchent à occuper chaque moment libre de l’enfant. Pourtant, les périodes sans activité imposée jouent un rôle essentiel dans le développement.
Lorsque l’enfant s’ennuie :
• il imagine ;
• il crée ;
• il réfléchit ;
• il organise ses propres jeux ;
• il développe son autonomie.
L’ennui constitue souvent le point de départ de la créativité. Un cerveau constamment stimulé n’a plus l’occasion de développer ces compétences.

Quand l’agenda devient plus important que l’enfant
Certaines familles vivent aujourd’hui un véritable marathon quotidien. Les parents courent d’une activité à l’autre, les enfants également, les trajets s’accumulent, les horaires deviennent serrés, les journées se remplissent même lorsque les activités sont positives individuellement, leur accumulation peut devenir problématique.

Le cerveau a besoin d’alternance.
Il a besoin d’équilibre entre stimulation et récupération, entre activité et repos, entre apprentissage et jeu libre.

L’illusion du « plus »
Notre société véhicule souvent l’idée selon laquelle plus d’activités permettraient davantage de réussite.
Plus de sport.
Plus de langues.
Plus d’ateliers.
Plus d’accompagnements.
Plus de stimulation.
Pourtant, les apprentissages ne fonctionnent pas selon une logique de remplissage, le cerveau n’est pas un récipient qu’il suffirait de remplir toujours davantage. Il a besoin de temps pour intégrer ce qu’il découvre. La qualité de l’expérience compte souvent davantage que sa quantité.

Le rôle des écrans dans la surcharge cognitive
Les contenus numériques sollicitent fortement les mécanismes attentionnels.
Images rapides.
Changements constants.
Récompenses immédiates.
Stimulations permanentes.
Le cerveau s’habitue progressivement à recevoir de nombreuses informations en très peu de temps. Les activités plus lentes deviennent alors plus difficiles à soutenir.
Lire.
Écouter.
Observer.
Attendre.
Réfléchir.
Ces compétences demandent un effort croissant lorsque le cerveau est habitué à un flux permanent de nouveautés.

Une génération plus performante ?
Pendant longtemps, chaque génération semblait bénéficier d’une amélioration progressive des performances cognitives, or plusieurs études internationales montrent aujourd’hui un ralentissement, voire parfois un recul, de certains indicateurs dans plusieurs pays.
Les causes sont probablement multiples et aucune explication unique ne permet de comprendre ce phénomène. Cependant, de nombreux chercheurs s’interrogent sur l’impact combiné :
• de la sédentarité ;
• de la réduction du sommeil ;
• de la multiplication des écrans ;
• de la surcharge informationnelle ;
• de la diminution du temps libre ;
• de l’augmentation du stress.
Le cerveau humain n’a pas évolué aussi rapidement que notre environnement.

Les apprentissages ont besoin de lenteur
Apprendre demande du temps, comprendre demande du temps, mémoriser demande du temps, grandir demande du temps.
Les neurosciences montrent que la consolidation des apprentissages repose sur des mécanismes biologiques qui ne peuvent pas être accélérés indéfiniment.
Le sommeil.
La répétition.
La récupération.
L’expérience.
La maturation cérébrale.
Tous ces processus nécessitent de la lenteur, or la lenteur est devenue rare.

Que pouvons-nous faire ?
L’objectif n’est pas de supprimer toutes les activités. Les activités sportives, culturelles ou éducatives apportent de nombreux bénéfices. La question est davantage celle de l’équilibre.
L’enfant a besoin :
• de temps libre ;
• de sommeil ;
• de mouvement ;
• de moments sans écran ;
• de périodes d’ennui ;
• de relations familiales apaisées ;
• d’activités choisies plutôt que constamment imposées.
Parfois, faire moins permet d’apprendre mieux.

En conclusion
Lorsqu’un enfant semble inattentif, oublie fréquemment ou rencontre des difficultés à apprendre, la question n’est pas seulement :
« Que lui manque-t-il ? »
Mais aussi :
« Son cerveau dispose-t-il encore de suffisamment d’espace pour apprendre ? »
Dans une société où tout s’accélère, il est possible que certains enfants ne manquent ni d’intelligence, ni de motivation.
Ils manquent parfois simplement de temps.
Du temps pour jouer,du temps pour rêver,du temps pour s’ennuyer,du temps pour grandir car le cerveau de l’enfant n’est pas conçu pour fonctionner en permanence à pleine vitesse. Et c’est souvent dans les moments où il semble ne rien faire qu’il construit silencieusement les fondations de ses futurs apprentissages.