« Pourtant, nous l’avons travaillé hier. »
« Il connaissait parfaitement sa leçon à la maison. »
« J’ai l’impression qu’il oublie tout au fur et à mesure. »
Ces remarques sont fréquentes chez les parents comme chez les enseignants.
Lorsqu’un enfant semble oublier rapidement ce qu’il apprend, les adultes peuvent parfois penser qu’il ne fait pas suffisamment d’efforts ou qu’il manque de sérieux.
Pourtant, la mémoire est un mécanisme complexe qui dépend de nombreux processus cérébraux.
Apprendre ne consiste pas simplement à enregistrer des informations comme on remplirait un disque dur. Pour qu’un apprentissage soit durable, le cerveau doit sélectionner, organiser, consolider puis retrouver les informations au bon moment.
Avant de conclure qu’un enfant a une mauvaise mémoire, il est donc utile de comprendre comment celle-ci fonctionne réellement.
La mémoire n’est pas un seul système
Lorsque nous parlons de mémoire, nous avons souvent l’impression qu’il s’agit d’une capacité unique.
En réalité, plusieurs formes de mémoire collaborent en permanence.
La mémoire de travail permet de conserver temporairement une information afin de la manipuler.
La mémoire à long terme permet de stocker les connaissances pendant plusieurs jours, mois ou années.
La mémoire procédurale intervient dans les automatismes comme faire du vélo, lire ou écrire.
Pour apprendre efficacement, ces différents systèmes doivent fonctionner ensemble.
Un enfant peut très bien avoir une excellente mémoire à long terme tout en rencontrant des difficultés avec sa mémoire de travail.
Pour mémoriser, il faut d’abord être attentif
Le cerveau ne peut mémoriser correctement que ce qu’il a réellement perçu.
Si l’attention est dispersée au moment de l’apprentissage, l’information n’est souvent jamais enregistrée correctement.
L’enfant peut alors donner l’impression d’avoir oublié alors qu’en réalité il n’a jamais réellement mémorisé.
L’attention constitue donc la porte d’entrée de la mémoire.
Plus l’enfant est disponible mentalement au moment de l’apprentissage, plus les chances de mémorisation augmentent.
Comprendre avant de mémoriser
Le cerveau retient beaucoup plus facilement ce qu’il comprend.
Lorsqu’un enfant apprend une règle ou une notion sans en saisir le sens, il doit fournir un effort considérable pour la retenir.
À l’inverse, lorsqu’il comprend les liens entre les informations, le cerveau construit un véritable réseau de connaissances.
Plus les connexions sont nombreuses, plus les souvenirs deviennent solides.
C’est pourquoi comprendre est souvent plus important que répéter.
Le rôle essentiel des émotions
Les émotions influencent fortement la mémoire.
Nous retenons généralement mieux ce qui nous touche, nous intéresse ou nous surprend.
À l’inverse, un stress important peut perturber les mécanismes de mémorisation.
Lorsque l’enfant est anxieux, une partie de ses ressources mentales est mobilisée pour gérer son inconfort émotionnel.
Le cerveau devient alors moins disponible pour apprendre.
Créer un climat sécurisant favorise donc non seulement le bien-être mais aussi les apprentissages.
Le cerveau a besoin de répétitions
Contrairement à une idée répandue, apprendre une seule fois ne suffit généralement pas.
Le cerveau renforce progressivement les connexions neuronales grâce aux rappels réguliers.
Chaque fois qu’une information est réactivée, elle devient un peu plus solide.
C’est pourquoi les révisions espacées dans le temps sont souvent beaucoup plus efficaces qu’une longue séance de travail réalisée la veille d’une évaluation.
La mémoire se construit progressivement.
Le sommeil : un allié indispensable
Pendant le sommeil, le cerveau continue de travailler.
Les informations apprises dans la journée sont triées, organisées et consolidées.
Les neurosciences montrent que le sommeil joue un rôle majeur dans la mémorisation.
Un enfant qui manque de sommeil peut rencontrer davantage de difficultés pour retenir ce qu’il apprend.
Même lorsque les apprentissages sont bien réalisés, ils risquent alors d’être moins bien consolidés.
Le sommeil n’est donc pas du temps perdu.
Il fait pleinement partie du processus d’apprentissage.
L’importance de la récupération active
Beaucoup d’enfants relisent plusieurs fois leurs leçons en pensant mémoriser.
Pourtant, la mémoire se renforce davantage lorsque le cerveau doit retrouver l’information sans aide.
Se poser des questions.
Expliquer la leçon à quelqu’un.
Réaliser un quiz.
Faire une carte mentale de mémoire.
Toutes ces activités sollicitent ce que l’on appelle la récupération active.
C’est l’un des mécanismes les plus efficaces pour renforcer les apprentissages.
Quand les fonctions exécutives interviennent
Mémoriser ne dépend pas uniquement de la mémoire.
Les fonctions exécutives jouent également un rôle important.
Elles permettent notamment de :
- maintenir son attention ;
• organiser les informations ;
• sélectionner l’essentiel ;
• résister aux distractions ;
• planifier son travail.
Lorsque ces fonctions sont encore fragiles, l’enfant peut avoir davantage de difficultés à retenir durablement ce qu’il apprend.
Cela ne signifie pas qu’il manque de capacités.
Son cerveau est simplement encore en développement.
Comment aider un enfant à mieux mémoriser ?
Plusieurs stratégies peuvent favoriser les apprentissages :
- faire des liens avec ce qu’il connaît déjà ;
• utiliser plusieurs sens (voir, entendre, manipuler) ;
• fractionner les apprentissages ;
• réviser régulièrement ;
• favoriser le sommeil ;
• encourager l’explication et la reformulation ;
• utiliser des jeux de mémoire ;
• travailler les fonctions exécutives.
L’objectif n’est pas de faire apprendre davantage mais de permettre au cerveau d’apprendre plus efficacement.
En conclusion
Lorsqu’un enfant semble oublier tout ce qu’il apprend, il ne s’agit pas forcément d’un problème de mémoire.
L’attention, la compréhension, les émotions, le sommeil, les fonctions exécutives et les méthodes d’apprentissage influencent tous la qualité de la mémorisation.
La question n’est donc pas seulement :
« Pourquoi oublie-t-il ? »
Mais plutôt :
« Dans quelles conditions son cerveau apprend-il ? »
