« Il faut comprendre, pas apprendre par cœur. » Cette phrase est devenue très fréquente dans le monde de l’éducation. Pendant longtemps, l’apprentissage par cœur a été associé à l’école traditionnelle : récitations, tables de multiplication, conjugaisons ou listes de dates apprises mécaniquement.
Aujourd’hui, certains considèrent cette méthode comme dépassée. À l’inverse, d’autres regrettent sa disparition progressive. Alors, que nous apprennent réellement les neurosciences sur cette question ? Faut-il apprendre par cœur ou privilégier uniquement la compréhension ? Comme souvent lorsqu’il s’agit des apprentissages, la réponse est plus nuancée.
Comprendre et mémoriser ne s’opposent pas
On présente parfois la compréhension et la mémorisation comme deux approches opposées. Pourtant, le cerveau fonctionne différemment.
Comprendre aide à mémoriser.
Mais mémoriser aide également à comprendre. Lorsqu’un enfant possède déjà certaines connaissances en mémoire, son cerveau peut mobiliser davantage de ressources pour raisonner, résoudre des problèmes et faire des liens. À l’inverse, lorsqu’il doit constamment rechercher des informations de base, sa mémoire de travail se retrouve rapidement saturée. Compréhension et mémorisation sont donc complémentaires.
Le rôle de la mémoire à long terme
Notre cerveau dispose d’une mémoire de travail limitée. Cette mémoire permet de traiter les informations en temps réel. Mais elle ne peut gérer qu’une quantité restreinte d’informations à la fois. La mémoire à long terme fonctionne différemment. Elle stocke durablement les connaissances qui pourront être réutilisées plus tard. Plus certaines informations sont automatisées, moins elles mobilisent d’efforts cognitifs. C’est précisément ce qui permet au cerveau de se concentrer sur des tâches plus complexes.
Pourquoi certaines connaissances doivent être automatisées
Prenons l’exemple des tables de multiplication. Un enfant qui connaît ses tables peut consacrer son attention à la résolution du problème mathématique. À l’inverse, un enfant qui doit recalculer chaque multiplication mobilise une grande partie de ses ressources mentales pour retrouver ces résultats.
La même logique s’applique à :
• la lecture ;
• l’orthographe ;
• certaines conjugaisons ;
• le vocabulaire ;
• les faits historiques essentiels ;
• les formules de base.
Lorsque certaines connaissances deviennent automatiques, elles libèrent de l’espace mental pour réfléchir.
Le danger d’un apprentissage purement mécanique
Pour autant, apprendre par cœur sans comprendre présente également des limites. Un enfant peut parfois réciter parfaitement une règle sans être capable de l’utiliser. Il peut connaître une définition sans en saisir le sens. Il peut retenir une formule sans comprendre à quoi elle sert. Dans ces situations, les connaissances restent fragiles et difficiles à transférer dans de nouveaux contextes. La compréhension demeure donc indispensable.
Ce que disent les neurosciences
Les recherches actuelles montrent que le cerveau apprend mieux lorsque plusieurs mécanismes sont associés :
• comprendre ;
• mémoriser ;
• manipuler ;
• réutiliser ;
• expliquer ;
• s’entraîner régulièrement.
Plus une information est mobilisée dans différents contextes, plus les connexions neuronales se renforcent. L’objectif n’est donc pas d’opposer mémoire et compréhension mais de les faire travailler ensemble.
Pourquoi certains élèves ont du mal à mémoriser
Lorsque l’on demande à un enfant d’apprendre une leçon, on suppose souvent que la mémorisation est une compétence naturelle. En réalité, mémoriser nécessite :
• de l’attention ;
• de la compréhension ;
• des répétitions ;
• du sommeil ;
• des stratégies efficaces.
Lorsqu’un de ces éléments fait défaut, les apprentissages deviennent plus difficiles. Le problème n’est alors pas forcément la mémoire elle-même mais les conditions dans lesquelles elle est sollicitée.
Relire n’est pas toujours apprendre
Beaucoup d’élèves relisent plusieurs fois leur leçon en pensant mémoriser. Pourtant, les neurosciences montrent que cette stratégie est souvent peu efficace. Le cerveau apprend davantage lorsqu’il doit retrouver l’information par lui-même.
Par exemple :
• répondre à des questions ;
• réaliser un quiz ;
• expliquer la leçon à quelqu’un ;
• reformuler avec ses propres mots ;
• créer une carte mentale.
Ces activités sollicitent ce que l’on appelle la récupération active. C’est l’un des mécanismes les plus puissants pour renforcer la mémoire.
Les répétitions espacées : une stratégie efficace
Une autre découverte importante concerne les révisions. Le cerveau mémorise mieux lorsque les rappels sont espacés dans le temps. Réviser plusieurs fois quelques minutes sur plusieurs jours est généralement plus efficace que travailler une heure entière la veille d’une évaluation. Chaque rappel renforce progressivement les connexions neuronales. La mémoire se construit dans la durée.
Que faut-il réellement retenir ?
La question n’est donc pas : « Faut-il apprendre par cœur ? »
Mais plutôt : « Que faut-il apprendre par cœur et pourquoi ? »
Certaines connaissances fondamentales gagnent à être automatisées. Elles constituent les outils qui permettront ensuite de comprendre, raisonner et créer. D’autres informations doivent avant tout être comprises avant d’être mémorisées. L’enjeu est de trouver un équilibre.
En conclusion
L’apprentissage par cœur n’est ni la solution miracle ni une méthode dépassée. Les neurosciences montrent qu’il conserve une place importante dans les apprentissages lorsqu’il est associé à la compréhension. Le cerveau a besoin de connaissances stockées en mémoire pour pouvoir réfléchir efficacement. Comprendre sans mémoriser limite les possibilités de raisonnement. Mémoriser sans comprendre limite les possibilités d’utilisation. La véritable question n’est donc pas de choisir entre les deux. C’est d’aider l’enfant à construire progressivement des connaissances qu’il comprend, mémorise et réutilise. Car apprendre ne consiste pas seulement à savoir. Apprendre consiste à pouvoir utiliser ce que l’on sait pour comprendre davantage.
