Lire à son enfant n’est pas la même chose que lui apprendre à lire
Une confusion est fréquente chez les parents, beaucoup pensent que préparer leur enfant à la lecture consiste à lui apprendre les lettres, les syllabes ou les premiers mots avant l’entrée au CP. Pourtant, les recherches montrent que la meilleure préparation à la lecture commence souvent bien avant cela. Elle commence lorsque l’on lit des histoires à son enfant : Lorsque l’adulte lit à voix haute, le cerveau de l’enfant développe simultanément :
• son vocabulaire ;
• sa compréhension du langage ;
• son imagination ;
• sa mémoire ;
• sa capacité d’attention ;
• sa culture générale ;
• sa connaissance du fonctionnement des livres.
Autrement dit, bien avant de savoir déchiffrer, l’enfant construit déjà les fondations qui lui permettront plus tard de devenir lecteur. L’apprentissage de la lecture ne commence donc pas avec les syllabes, il commence avec les histoires.
Pourquoi vouloir apprendre à lire trop tôt n’est pas toujours une bonne idée
Face aux inquiétudes scolaires, certains parents sont tentés d’enseigner eux-mêmes la lecture avant l’entrée au CP. L’intention est souvent excellente car ils souhaitent donner toutes les chances de réussite à leur enfant, pourtant, cette démarche n’est pas toujours bénéfique.
L’apprentissage de la lecture est l’un des apprentissages les plus complexes de la scolarité. Il mobilise simultanément :
• le langage oral ;
• la conscience phonologique ;
• l’attention ;
• la mémoire ;
• les fonctions exécutives ;
• la compréhension ;
• le décodage.
L’enseignement de la lecture ne consiste donc pas simplement à apprendre les lettres ou à faire répéter des syllabes, les enseignants sont formés pour construire progressivement ces différentes compétences. Lorsqu’un apprentissage précoce est mené de façon inadaptée, certains enfants développent parfois des stratégies inefficaces qu’il faudra ensuite corriger et donc crée des problèmes supplémentaires. D’autres risquent de percevoir la lecture comme une contrainte avant même d’avoir découvert le plaisir qu’elle peut procurer.
Un enfant qui apprend seul à lire, c’est différent
Il existe cependant une situation particulière, certains enfants manifestent spontanément une fascination pour l’écrit.
Ils observent les panneaux, demandent sans cesse ce qui est écrit, reconnaissent des mots, comprennent progressivement les correspondances entre les lettres et les sons. Parfois, ils finissent même par apprendre à lire presque seuls. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’un apprentissage imposé par l’adulte, il s’agit d’un désir qui vient de l’enfant lui-même. Les neurosciences montrent que la motivation intrinsèque constitue l’un des moteurs les plus puissants de l’apprentissage. Dans cette situation, le rôle de l’adulte n’est pas de freiner l’enfant. il est de l’accompagner, de répondre à ses questions, de nourrir sa curiosité, de lui fournir des livres adaptés.
La différence est importante: Dans un cas, l’adulte pousse l’apprentissage, dans l’autre, il soutient un élan naturel déjà présent.
Ce dont le cerveau a réellement besoin avant le CP
Avant de devenir lecteur, l’enfant a surtout besoin :
• d’entendre beaucoup de langage ;
• de participer à des conversations ;
• d’écouter des histoires ;
• de jouer avec les sons ;
• d’enrichir son vocabulaire ;
• de développer son attention ;
• de jouer ;
• d’explorer le monde.
Toutes ces expériences préparent le cerveau à la lecture et elles sont souvent beaucoup plus importantes que l’apprentissage précoce du déchiffrage car avant d’apprendre à lire, l’enfant doit d’abord construire le langage qui donnera du sens à ce qu’il lira plus tard.
En résumé :
• Lire des histoires à son enfant est l’une des meilleures façons de préparer son cerveau à la lecture.
• L’apprentissage de la lecture commence bien avant le CP grâce au langage oral, aux échanges, aux comptines, aux histoires et aux jeux autour des sons.
• Apprendre à lire et apprendre à aimer lire sont deux choses différentes. Le plaisir des livres constitue un moteur essentiel de la réussite future.
• Vouloir enseigner précocement la lecture n’est généralement ni nécessaire ni souhaitable. L’apprentissage de la lecture est complexe et mobilise de nombreuses compétences qui se construisent progressivement.
• Les enseignants sont formés pour accompagner cet apprentissage de manière structurée et adaptée aux différentes étapes du développement de l’enfant.
• Certains enfants apprennent spontanément à lire avant le CP. Dans ce cas, il ne s’agit pas de pousser l’apprentissage mais d’accompagner une curiosité naturelle déjà présente.
• Avant de devenir lecteur, l’enfant a surtout besoin de développer son langage, sa compréhension, son attention, sa mémoire, sa curiosité et son plaisir d’apprendre.
• Les neurosciences nous rappellent que l’objectif n’est pas de fabriquer des lecteurs précoces, mais de construire les fondations qui permettront à l’enfant de devenir un lecteur compétent, autonome et heureux.
« Le meilleur cadeau que l’on puisse faire à un enfant avant le CP n’est peut-être pas de lui apprendre à lire, mais de lui donner envie d’ouvrir des livres. »
