« Si je ne le punis pas, il recommencera. »
« Les enfants ont besoin de sanctions pour apprendre le respect. »
« Aujourd’hui, on ne peut plus rien dire aux enfants. »
La question des punitions suscite souvent de nombreux débats. Entre les modèles éducatifs très autoritaires et les approches parfois accusées d’être trop permissives, de nombreux parents se sentent perdus. Pourtant, la véritable question n’est peut-être pas de savoir s’il faut être sévère ou bienveillant.
La véritable question est de comprendre comment un enfant apprend progressivement à respecter les règles, gérer sa frustration et vivre avec les autres. Les connaissances actuelles en psychologie du développement et en neurosciences apportent des réponses particulièrement intéressantes.
Les enfants ont besoin de règles
Contrairement à certaines idées reçues, les enfants ont besoin de limites. Les règles leur permettent de comprendre le monde dans lequel ils évoluent. Elles créent un cadre prévisible et sécurisant et cela est particulièrement vrai pour les enfants anxieux ou sensibles. Un enfant naturellement inquiet a besoin de savoir :
• ce qui est autorisé ;
• ce qui ne l’est pas ;
• ce qui est attendu de lui ;
• comment les adultes vont réagir.
Lorsque les règles changent constamment ou sont appliquées de manière incohérente, l’enfant peut se sentir perdu et insécurisé.
Les limites ne sont donc pas l’ennemi du bien-être, elles participent au contraire à la construction du sentiment de sécurité.
Fermeté et bienveillance ne s’opposent pas
On oppose souvent la fermeté à la bienveillance pourtant, ces deux notions peuvent parfaitement coexister. Un cadre éducatif efficace repose généralement sur des règles :
• claires ;
• cohérentes ;
• prévisibles ;
• adaptées à l’âge de l’enfant.
L’adulte peut être ferme tout en restant calme. Il peut maintenir une limite sans humilier, il peut dire non sans rejeter l’enfant.
La bienveillance ne consiste pas à tout accepter, elle consiste à respecter l’enfant tout en maintenant les limites dont il a besoin.
Punition ou sanction : quelle différence ?
Ces deux termes sont souvent utilisés comme des synonymes alors qu’ils ne recouvrent pas exactement la même réalité. La punition cherche principalement à faire souffrir, priver ou contraindre l’enfant afin qu’il ne recommence pas. Elle repose souvent sur une logique de réparation par la souffrance.
Par exemple :
• être privé de télévision pendant une semaine pour avoir oublié son cartable ;
• être privé d’une sortie sans lien avec le comportement concerné ;
• être envoyé dans sa chambre sans autre explication.
La sanction éducative poursuit un objectif différent.
Elle vise à responsabiliser l’enfant et à lui faire comprendre les conséquences de ses actes. Elle conserve un lien logique avec le comportement.
Par exemple :
• participer au nettoyage après avoir volontairement renversé quelque chose ;
• réparer ou remplacer un objet détérioré ;
• quitter momentanément une activité lorsque les règles de sécurité ne sont pas respectées.
L’objectif n’est pas de faire souffrir, l’objectif est d’aider l’enfant à comprendre l’impact de ses actes.
Pourquoi la frustration est indispensable
Depuis plusieurs années, de nombreux spécialistes alertent sur les difficultés croissantes de certains enfants à tolérer la frustration.
Pourtant, la frustration est une expérience normale et nécessaire au développement. Grandir consiste progressivement à découvrir que :
• nous ne pouvons pas tout avoir ;
• nous ne pouvons pas tout obtenir immédiatement ;
• les autres ont également des besoins ;
• certaines règles s’imposent à tous.
Un enfant qui n’est jamais confronté à la frustration risque de rencontrer davantage de difficultés pour gérer :
• l’attente ;
• l’échec ;
• les refus ;
• les désaccords ;
• les contraintes de la vie quotidienne.
La frustration agit comme un véritable entraînement émotionnel, elle prépare progressivement l’enfant aux réalités de la vie.
Accueillir l’émotion sans supprimer la limite
Lorsqu’un enfant est frustré, il peut pleurer, protester, crier ou se mettre en colère. Ces réactions sont normales. L’erreur consiste parfois à vouloir supprimer immédiatement cette émotion. Un enfant a le droit d’être déçu, il a le droit d’être en colère, il a le droit de ne pas aimer une règle. En revanche, la règle peut rester en place.
Par exemple :
« Je comprends que tu sois déçu. Tu avais très envie de continuer à jouer. Pourtant, il est l’heure d’aller se coucher. »
L’émotion est reconnue. La limite demeure et c’est précisément ainsi que l’enfant apprend progressivement à réguler ses frustrations.
Des consignes adaptées aux capacités de l’enfant
Les adultes oublient souvent que le cerveau de l’enfant ne traite pas l’information de la même manière que celui d’un adulte. Nous avons parfois tendance à donner plusieurs consignes en une seule phrase :
« Va ranger ta chambre, mets ton pyjama, brosse-toi les dents et prépare ton cartable pour demain. »
Pour un adulte, cette demande paraît simple, pour un enfant, elle peut dépasser les capacités de sa mémoire de travail. La mémoire de travail correspond à la capacité du cerveau à conserver temporairement plusieurs informations afin de les utiliser or, cette fonction est encore en développement pendant toute l’enfance.
L’enfant peut alors :
• oublier une partie de la consigne ;
• se laisser distraire en cours de route ;
• ne réaliser qu’une seule étape ;
• paraître opposant alors qu’il est simplement dépassé.
Plus la consigne est longue, plus le risque d’échec augmente. Il est souvent préférable de donner une seule consigne à la fois.
Par exemple :
« Va mettre ton pyjama. »
Puis :
« Maintenant, va te brosser les dents. »
Cette manière de procéder augmente considérablement les chances de réussite. Avant de conclure qu’un enfant refuse d’obéir, il est souvent utile de se demander :
« Ne veut-il pas ? »
ou
« Ne peut-il pas encore ? »
Pourquoi certains enfants semblent désobéir
Avant d’interpréter un comportement comme de la provocation, il est utile de comprendre que certaines compétences sont encore en construction.
Selon son âge, l’enfant peut avoir des difficultés à :
• contrôler ses impulsions ;
• attendre ;
• gérer sa colère ;
• s’organiser ;
• planifier ;
• maintenir son attention ;
• comprendre certaines conséquences.
Le cerveau de l’enfant est encore en développement, certaines compétences qui nous paraissent évidentes à l’âge adulte sont encore immatures chez lui. Cela ne signifie pas qu’il faut tout excuser, cela signifie que l’éducation consiste aussi à enseigner les compétences qui manquent.
L’autorité qui rassure
Les enfants ont besoin de sentir que les adultes sont capables de tenir le cadre. Paradoxalement, un adulte qui hésite constamment ou qui cède sous la pression émotionnelle de l’enfant peut augmenter son insécurité. L’enfant teste alors davantage les limites, non par manipulation, mais parce qu’il cherche à vérifier la solidité du cadre. Un adulte calme, cohérent et prévisible rassure, l’enfant sait à quoi s’attendre. Il n’a pas besoin de vérifier en permanence où se trouvent les limites.
Comment poser des limites efficacement ?
Quelques principes simples peuvent aider :
• annoncer les règles à l’avance ;
• rester cohérent ;
• éviter les menaces irréalistes ;
• privilégier les sanctions éducatives plutôt que les punitions ;
• accueillir les émotions ;
• maintenir la limite avec calme ;
• donner des consignes simples ;
• valoriser les efforts de coopération.
L’objectif n’est pas de gagner un rapport de force, l’objectif est d’accompagner progressivement l’enfant vers davantage d’autonomie et de responsabilité.
En conclusion
La question n’est peut-être pas :
« Faut-il punir pour obtenir l’obéissance ? »
Mais plutôt :
« Comment aider l’enfant à intégrer les règles qui lui permettront de vivre avec les autres ? »
Les enfants ont besoin de limites, ils ont besoin de frustration, ils ont besoin d’un cadre clair, cohérent et prévisible mais ils ont également besoin que ce cadre soit posé avec respect et bienveillance. Particulièrement lorsqu’ils sont anxieux ou sensibles car un enfant se construit mieux lorsqu’il rencontre des adultes capables de lui dire non avec douceur, de maintenir les règles avec fermeté et de l’accompagner dans les émotions que ces limites font parfois naître. La véritable autorité ne cherche pas à soumettre, elle cherche à guider davantage.
