Les écrans : que disent réellement les neurosciences ?

Les écrans : que disent réellement les neurosciences ?

Les écrans occupent aujourd’hui une place importante dans notre quotidien. Télévision, tablette, smartphone, ordinateur ou console de jeux font désormais partie de l’environnement de la plupart des familles. Face à cette réalité, les parents reçoivent souvent des messages contradictoires. D’un côté, certains affirment que les écrans sont devenus indispensables et qu’ils favorisent les apprentissages. De l’autre, certains discours alarmistes les présentent comme responsables de tous les problèmes de développement. Alors, que disent réellement les neurosciences ? Comme souvent lorsqu’il s’agit du développement de l’enfant, la réalité est plus nuancée.

 

Le cerveau de l’enfant se construit grâce aux interactions

À la naissance, le cerveau est loin d’être achevé. Ses connexions se développent progressivement grâce aux expériences vécues par l’enfant. Pour construire son intelligence, son langage, sa motricité et ses compétences sociales, l’enfant a besoin de :

* bouger ;
* manipuler ;
* explorer ;
* observer ;
* expérimenter ;
* interagir avec les autres.

Autrement dit, le cerveau apprend d’abord par l’expérience réelle. Un écran, aussi sophistiqué soit-il, ne peut remplacer totalement ces expériences fondamentales.

 

Le problème n’est pas seulement l’écran

Pendant longtemps, les recherches se sont concentrées sur le temps passé devant les écrans. Aujourd’hui, les scientifiques s’intéressent davantage à une autre question : « Que remplace l’écran ? » Une heure passée devant un dessin animé n’a pas les mêmes conséquences selon ce qu’elle remplace.

L’impact sera très différent si cette heure remplace :

* une activité physique ;
* un moment de lecture ;
* un jeu libre ;
* une interaction familiale ;
* du sommeil.

Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement la durée d’exposition, mais également les expériences auxquelles l’enfant renonce pendant ce temps. Le cerveau des enfants est particulièrement sensible aux stimulations rapides, colorées et imprévisibles. De nombreuses applications, vidéos courtes et jeux numériques sollicitent fortement les mécanismes attentionnels. À long terme, certains enfants peuvent avoir davantage de difficultés à maintenir leur attention sur des activités plus lentes :

* écouter une histoire ;
* réaliser un exercice scolaire ;
* lire ;
* attendre ;
* s’ennuyer.

Or l’ennui joue un rôle essentiel dans le développement de la créativité, de l’imagination et de l’autonomie.

 

Le sommeil : un facteur souvent sous-estimé

Les neurosciences montrent que le sommeil joue un rôle majeur dans :

* la mémorisation ;
* la consolidation des apprentissages ;
* la régulation émotionnelle ;
* l’attention.

Or l’utilisation d’écrans le soir peut perturber l’endormissement. La lumière émise par les écrans influence la production de mélatonine, l’hormone qui prépare naturellement le cerveau au sommeil. Un enfant fatigué apprend moins efficacement, gère moins bien ses émotions et mobilise davantage d’énergie pour rester concentré.

 

Les écrans et le langage

Le langage se construit principalement grâce aux échanges humains. Lorsque l’enfant discute avec un adulte, il bénéficie :

* d’un regard ;
* d’une voix ;
* d’intonations ;
* de réponses adaptées ;
* d’une interaction réciproque.

Ces éléments sont essentiels au développement du langage. Les vidéos éducatives peuvent apporter certaines connaissances, mais elles ne remplacent pas la richesse d’une conversation réelle. Le cerveau humain est avant tout un cerveau social.

 

Tous les écrans ne se valent pas

Regarder passivement des vidéos pendant plusieurs heures n’a pas les mêmes effets que :

* créer un film ;
* programmer un robot ;
* réaliser un montage vidéo ;
* effectuer des recherches documentaires ;
* dessiner sur une tablette graphique.

La qualité des contenus et la manière dont les écrans sont utilisés jouent un rôle essentiel. Les écrans peuvent être des outils extraordinaires lorsqu’ils sont utilisés au service de la curiosité, de la créativité et des apprentissages. Ils deviennent plus problématiques lorsqu’ils occupent une place excessive ou remplacent les expériences fondamentales du développement.

 

Le rôle des parents

L’objectif n’est pas de supprimer totalement les écrans. Ils font désormais partie de notre environnement. L’enjeu consiste plutôt à aider l’enfant à développer un usage équilibré. Quelques principes simples peuvent être utiles :

* préserver les temps de sommeil ;
* maintenir des moments sans écran ;
* favoriser les activités physiques ;
* encourager le jeu libre ;
* partager certains contenus avec l’enfant ;
* privilégier la qualité plutôt que la quantité ;
* montrer l’exemple dans son propre usage des écrans.

Les enfants apprennent davantage de ce qu’ils observent que de ce qu’on leur demande.

 

En conclusion

Les neurosciences ne montrent pas que les écrans sont intrinsèquement mauvais. Elles montrent surtout que le cerveau de l’enfant a besoin d’expériences variées pour se développer harmonieusement. Les écrans peuvent être des outils intéressants lorsqu’ils trouvent leur juste place. Mais ils ne remplaceront jamais ce dont le cerveau a le plus besoin pour grandir : jouer, explorer, bouger, créer, ressentir et entrer en relation avec les autres. Car ce sont avant tout les expériences humaines qui façonnent le développement de l’enfant.