Les jeux de rôle : un outil puissant pour développer les compétences sociales des enfants (Première partie)

Les jeux de rôle : un outil puissant pour développer les compétences sociales des enfants (Première partie)

« Mon enfant n’ose jamais répondre. »
« Il ne sait pas quoi faire lorsqu’un autre enfant se moque de lui. »
« À la maison, il trouve toujours les bons mots… mais à l’école, il reste figé. »
« Pourquoi certains enfants semblent-ils savoir gérer les conflits alors que d’autres se laissent complètement déborder ? »

Ces questions reviennent très souvent chez les parents comme chez les enseignants. Notre premier réflexe consiste souvent à donner des conseils:
« Ignore-le. »
« Défends-toi. »
« Dis-lui d’arrêter. »
Pourtant, lorsque la situation se présente réellement, ces conseils semblent avoir disparu. L’enfant reste silencieux, se met à pleurer ou répond avec violence.

Pourquoi ?
Parce que sous l’effet du stress, le cerveau ne fonctionne plus comme lorsqu’il écoute tranquillement les explications d’un adulte. Les neurosciences montrent qu’en situation de tension, notre cerveau utilise en priorité les réponses qu’il connaît déjà. Autrement dit, face à un conflit, un enfant ne fait pas ce qu’on lui a expliqué, il fait ce que son cerveau a déjà appris à faire. C’est précisément pour cette raison que les jeux de rôle sont si précieux. Ils permettent au cerveau de s’entraîner avant que les situations réelles ne surviennent.Le cerveau apprend par l’expérience
Nous avons parfois l’impression que l’on apprend uniquement grâce aux explications pourtant, le cerveau apprend surtout grâce aux expériences qu’il vit. C’est vrai pour la marche pour le vélo, pour la natation mais c’est également vrai pour les compétences sociales.
Un enfant ne devient pas capable de gérer un conflit parce qu’on lui explique comment faire, il progresse parce qu’il expérimente progressivement différentes façons d’agir. Chaque nouvelle expérience crée ou renforce des connexions entre les neurones. Plus une situation est répétée, plus le cerveau devient capable de retrouver rapidement la réponse adaptée. Les neurosciences parlent de plasticité cérébrale.
Le cerveau se transforme en fonction des expériences qu’il vit. C’est pourquoi un enfant qui s’est déjà entraîné à dire calmement «Stop», à demander de l’aide ou à protéger un camarade aura beaucoup plus de chances de retrouver ces comportements dans une situation réelle.

Pourquoi les jeux de rôle sont-ils si efficaces ?
Lorsqu’un enfant participe à un jeu de rôle, son cerveau ne fait pas complètement la différence avec une véritable situation sociale.
Il mobilise :
• son attention ;
• sa mémoire ;
• ses émotions ;
• son langage ;
• sa capacité à observer les autres ;
• ses fonctions exécutives.
Il expérimente, il essaie, il se trompe, il recommence et surtout… Il le fait dans un environnement où il n’y a aucun danger.
C’est précisément cette sécurité qui permet au cerveau d’apprendre car un cerveau inquiet apprend difficilement. Un cerveau rassuré explore.

Le jeu des trois figures de Serge Tisseron
Parmi les outils les plus intéressants figure le jeu des trois figures, imaginé par le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron. Cette activité est aujourd’hui utilisée dans de nombreuses écoles. Son objectif est simple :
– Développer l’empathie.
– Comprendre les émotions.
– Apprendre à changer de point de vue.
– Prévenir les comportements violents.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants à mieux se défendre, il s’agit de leur apprendre à mieux comprendre les relations humaines.
Première figure : l’agresseur
Dans un premier temps, l’enfant joue le rôle de celui qui bouscule, qui se moque ou qui intimide. Cette idée peut surprendre, pourtant, elle possède un véritable intérêt pédagogique. L’objectif n’est évidemment pas d’encourager la violence mais d’aider l’enfant à comprendre ce qui peut pousser quelqu’un à agir ainsi.
Que cherche-t-il ? À faire rire ? À attirer l’attention ? À impressionner les autres ? À prendre le pouvoir ? Comprendre les motivations d’un comportement ne signifie jamais le justifier mais cela permet déjà au cerveau de sortir d’une vision trop simpliste.
Deuxième figure : la victime
Les rôles sont ensuite inversés:  L’enfant devient celui qui subit, il découvre ce que ressent une personne humiliée, mise à l’écart, moquée, rejetée. L’adulte peut ensuite poser plusieurs questions.
– Comment t’es-tu senti ?
– Qu’as-tu pensé ?
– Qu’aurais-tu aimé que les autres fassent ?
– De quoi avais-tu besoin ?
Ces échanges développent progressivement l’empathie. Les neurosciences montrent que la capacité à comprendre les émotions d’autrui ne naît pas spontanément, elle se construit,  s’apprend,  s’entraîne.
Troisième figure : le protecteur
Le troisième rôle est sans doute le plus important:  Cette fois, l’enfant joue celui qui intervient, non pas en devenant violent mais en protégeant. Il peut par exemple :
• demander au harceleur d’arrêter ;
• aller chercher un adulte ;
• rejoindre la victime ;
• proposer de jouer avec elle ;
• dire que la situation n’est pas normale.
Les recherches montrent que les témoins jouent un rôle majeur dans l’évolution d’une situation de harcèlement. Lorsqu’un groupe cesse d’encourager le harceleur, celui-ci perd souvent une partie du pouvoir qu’il recherchait. Former des protecteurs est donc probablement l’une des meilleures stratégies de prévention.

Ce que disent les neurosciences
Le jeu des trois figures mobilise plusieurs fonctions cérébrales essentielles. Il développe :
• la flexibilité mentale (changer de point de vue) ;
• l’inhibition (ne pas répondre impulsivement) ;
• la théorie de l’esprit (comprendre ce que ressent l’autre) ;
• les fonctions exécutives ;
• l’empathie ;
• la régulation émotionnelle.
Autrement dit, ce jeu ne prépare pas seulement les enfants à prévenir le harcèlement, il participe plus largement au développement de leurs compétences sociales et émotionnelles. Ces compétences sont aujourd’hui reconnues comme des facteurs importants de réussite scolaire, de bien-être et de qualité des relations.
(À suivre : dans la seconde partie, nous découvrirons d’autres jeux de rôle très simples à mettre en place à la maison ou à l’école, ainsi qu’une sélection d’ouvrages pour les parents, les enseignants et les enfants.)