« Il connaît sa leçon à la maison mais oublie tout pendant l’évaluation. »
« Depuis quelques semaines, il n’arrive plus à se concentrer. »
« Il était pourtant capable de faire cet exercice auparavant. »
Face à certaines difficultés scolaires, nous avons souvent tendance à rechercher des explications du côté des capacités intellectuelles ou du travail fourni. Pourtant, un autre facteur joue un rôle majeur dans les apprentissages : les émotions. Les neurosciences ont considérablement fait évoluer notre compréhension du fonctionnement du cerveau.
Aujourd’hui, nous savons que les émotions et les apprentissages sont étroitement liés. Contrairement à une idée longtemps répandue, les émotions ne sont pas un obstacle au fonctionnement intellectuel. Elles participent pleinement à la manière dont nous apprenons.
Le cerveau émotionnel et le cerveau cognitif travaillent ensemble
Pendant longtemps, les émotions et la raison ont été présentées comme deux systèmes opposés. Les recherches actuelles montrent au contraire qu’ils sont profondément connectés: Lorsque nous apprenons, plusieurs régions du cerveau travaillent simultanément. Les zones impliquées dans les émotions communiquent en permanence avec celles impliquées dans l’attention, la mémoire, la prise de décision et le raisonnement. Autrement dit, nous n’apprenons jamais uniquement avec notre intelligence. Nous apprenons également avec ce que nous ressentons.
Les émotions orientent l’attention
Le cerveau ne peut pas traiter toutes les informations qui l’entourent, il doit sélectionner celles qui lui paraissent importantes. Les émotions jouent un rôle essentiel dans ce tri, en effet une information qui suscite de la curiosité, de l’intérêt ou de l’émerveillement attire naturellement davantage l’attention. À l’inverse, une activité perçue comme menaçante, ennuyeuse ou anxiogène risque davantage d’être évitée. L’émotion agit donc comme un projecteur qui oriente les ressources attentionnelles du cerveau. Nous mémorisons mieux ce qui nous touche, il suffit souvent de repenser à certains souvenirs d’enfance pour s’en rendre compte. Nous retenons plus facilement les événements qui ont suscité une émotion.
Les émotions renforcent les mécanismes de mémorisation.
C’est notamment pour cette raison que les histoires, les expériences vécues, les projets concrets ou les activités ludiques favorisent souvent les apprentissages. Lorsque l’enfant est émotionnellement impliqué, son cerveau considère l’information comme importante et augmente les chances de la conserver durablement.
Le stress peut perturber les apprentissages
Toutes les émotions n’ont cependant pas les mêmes effets: Un stress modéré peut parfois favoriser la mobilisation et l’engagement. En revanche, un stress intense ou chronique peut perturber le fonctionnement cérébral. Lorsque le cerveau perçoit une menace importante, sa priorité devient la protection et une partie des ressources mentales est alors mobilisée pour gérer cet état d’alerte. Dans ces conditions, plusieurs fonctions peuvent être affectées :
• l’attention ;
• la mémoire de travail ;
• la mémorisation ;
• la planification ;
• la prise de décision.
Un enfant stressé n’est pas moins intelligent.
Son cerveau est simplement occupé à gérer autre chose, d »où l’importance du sentiment de sécurité. Pour apprendre efficacement, le cerveau a besoin de se sentir suffisamment en sécurité, cela ne signifie pas que l’enfant ne doit jamais rencontrer de difficultés, au contraire, les défis sont nécessaires au développement mais ces défis doivent être proposés dans un cadre rassurant. Lorsque l’enfant sait qu’il a le droit de se tromper, d’essayer et de progresser, il ose davantage s’engager dans les apprentissages.
La sécurité affective constitue l’un des fondements invisibles de la réussite scolaire.
La confiance en soi influence les performances. Les émotions que l’enfant ressent à propos de lui-même jouent également un rôle important. Un enfant convaincu qu’il est incapable risque de renoncer plus rapidement face à une difficulté. À l’inverse, un enfant qui croit en sa capacité à progresser persévérera davantage. La confiance en soi ne consiste pas à penser que l’on réussira toujours, elle consiste à croire que l’on peut apprendre, même lorsque l’on rencontre des obstacles et cette perception influence directement l’engagement dans les apprentissages.
Les émotions positives favorisent l’exploration: La joie, la curiosité, l’intérêt et le plaisir jouent un rôle important dans le développement. Ces émotions encouragent l’exploration, la créativité et la prise d’initiative : Lorsqu’un enfant est motivé par ce qu’il découvre, il devient naturellement plus actif dans ses apprentissages,il pose davantage de questions, il cherche des solutions, il établit des liens, il persévère plus facilement. Le plaisir d’apprendre constitue un puissant moteur de développement.
Apprendre à reconnaître ses émotions
Les émotions influencent les apprentissages, mais elles peuvent aussi être apprivoisées. Un enfant qui apprend progressivement à identifier ce qu’il ressent développe de meilleures capacités de régulation émotionnelle. Il devient plus capable de :
• reconnaître son stress ;
• demander de l’aide ;
• utiliser des stratégies d’apaisement ;
• retrouver sa concentration ;
• persévérer malgré la difficulté.
Ces compétences sont aujourd’hui reconnues comme des facteurs importants de réussite scolaire et de bien-être.
Quel rôle pour les adultes ?
Parents et enseignants jouent un rôle essentiel dans la manière dont l’enfant vit ses apprentissages. Leur attitude peut contribuer à renforcer :
• le sentiment de sécurité ;
• la confiance ;
• la curiosité ;
• le plaisir d’apprendre ;
• la persévérance.
Valoriser les efforts : Accueillir les erreurs comme des occasions d’apprendre, encourager plutôt que juger, écouter les émotions exprimées.Toutes ces attitudes participent à créer un climat favorable aux apprentissages.
En conclusion
La question n’est donc pas de savoir si les émotions influencent les apprentissages. Les recherches montrent clairement qu’elles en font partie intégrante. Les émotions orientent l’attention, elles influencent la mémoire, elles modifient la motivation, elles participent à la construction de la confiance en soi. Apprendre ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances à un cerveau, c’est accompagner un être humain qui pense, ressent, doute, s’enthousiasme et grandit car derrière chaque apprentissage se trouve toujours une émotion et derrière chaque émotion se trouve une opportunité d’apprendre.
